Feuille d'info #09
05/02/2019
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> Militaire : un des jobs les moins appréciés en Belgique
> SOLL : la restructuration de trop ?
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Militaire : un des jobs les moins appréciés en Belgique
La société d’intérim Randstad vient de publier une grande enquête menée auprès de 3.570 Belges concernant l’attractivité de leur métier. Celui de militaire se classe très mal dans ce sondage : des 129 professions examinées, la nôtre se trouve à la 99e place.
Seul un quart des métiers est moins attrayant que celui de militaire. Cette situation n’est pas une surprise pour ceux d’entre-nous qui vivent au quotidien l’érosion de notre statut et le recul notre profession sur le marché de l’emploi.
Les résultats de l’enquête ne sont pas surprenants, compte tenu des déclarations récentes des dirigeants de la Défense. Les chefs, avec le général Compernol en tête, plaident pour « l’amélioration de nos statut et rémunérations, ainsi que des conditions de travail ». Pour une fois qu’ils adoptent le même discours que le syndicat militaire, on ne peut qu’applaudir. C’est juste dommage que ce nouveau ton vienne si tard. Ce n’est pourtant pas les signaux d’alarme et feux rouges qui manquaient ces dernières années. Pourtant, au cours des cinq dernières années, très peu d’initiatives ont vu le jour pour redresser le cap. À quelques broutilles près, rien n’a été fait pour améliorer les conditions de travail. Quand l’ACMP-CGPM avançait des propositions réalistes, la réponse était systématiquement : « Il n’y a pas d’argent, ni d’autres moyens. » Quand on voit la marge de manœuvre de DG HR, il faut bien se rendre compte que cela ne va pas s’améliorer rapidement.
Et donc, l’enquête de Randstad donne un mauvais score à la Défense. Pour mesurer l’attractivité d’un métier, les enquêteurs ont entre autres demandé si les participants recommanderaient leur job à des amis ou à leurs enfants. Pour les militaires, c’est clairement « non ». Cette réponse confirme les résultats de l’enquête commandée par la Défense elle-même en 2016. Même si elle a été minimisée par le ministre Vandeput et les hauts échelons de l’armée, cette réalité est maintenant indéniable et dramatique.
Les autres réponses aux questions de l’enquête Randstad ne nous étonnent pas non plus. Les participants devaient donner leur avis concernant les cinq piliers de l’attractivité d’un métier. Selon eux, les caractéristiques principales d’un ‘bon’ métier sont le salaire attrayant, un bon équilibre emploi-vie privée, de bonnes conditions de travail, la garantie d’emploi et beaucoup de changement.
Le métier militaire obtient un score très bas pour ces cinq critères. Le général-major Thys, commandant de la Composante Terre, avait donc entièrement raison quand il tweetait récemment que l’armée vit une crise « structurelle et existentielle ». Dans ces conditions, recruter les 10.000 jeunes nécessaires à la pérennité de la Défense sera un défi majeur. Pour enfin améliorer structurellement le statut des militaires, les dirigeants vont devoir se retrousser les manches, et vite ! Ils peuvent en tout cas commencer par s’inspirer du Programme général de l’ACMP-CGPM.

SOLL : la restructuration de trop ?
À la fin janvier, la Composante Terre présentait la dernière restructuration en matière de logistique. À l’issue des deux briefings, à Bourg-Léopold et à Marche-en-Famenne, le syndicat militaire ne peut que constater que le projet ‘SOLL’, pour ‘Single Operational Logistical Level’, pose de graves questions et aura des conséquences importantes pour le personnel de nombreuses unités, et pas seulement pour les logisticiens.
Le hall omnisports de Marche rassemblait de très nombreux militaires du plateau et des unités concernées directement par le projet SOLL. Pendant plus de trois heures, les représentants de la Composante Terre et de DGHR ont annoncé la mauvaise nouvelle à un personnel incrédule, chefs de corps en tête. Le fait que l’endroit n’était guerre propice à un briefing n’a pas aidé à calmer les esprits : impossible de s’asseoir, acoustique défaillante, écran de projection illisible, … Tout cela ajoutait à l’impression générale négative que donne le projet SOLL.
Dans son introduction, le colonel Meerpoel (G4 Land) a expliqué que SOLL est rendu nécessaire par le manque de personnel suite à la ‘Vision stratégique’, avec une diminution progressive des effectifs jusqu’à 25.000 militaires en 2030. Pas un mot sur le fait que la Vision stratégique a déraillé depuis longtemps et qu’on se dirige plutôt vers un creux de 22.000 militaires disponibles en 2023… Pas un mot non plus sur la synergie annoncée de la Composante Terre avec la France autour des nouveaux véhicules, ni si le projet SOLL est compatible avec les procédures françaises.
Outsourcing
En gros, ‘SOLL’ consiste à ‘faire toujours plus avec moins’, mais ça on le savait déjà. Ce qui est nouveau, c’est la façon. Toutes les unités ‘non déployables’, comme le Camp Lagland par exemple, seront ‘outsourcées’ à 100% à des sociétés comme ‘Katoen Natie’ ou Sodexo, qui assureront désormais la logistique : transport, maintenance, approvisionnement, … Une solution coûteuse censée libérer quelques militaires au profit du ‘core business’ de la Défense. À notre avis, pour le prix que cel coûtera, on aurait aussi bien pu revaloriser le métier de logisticien militaire et ainsi recruter un nombre suffisant de jeunes afin de garder cette tâche importante sous le contrôle de la Défense. Que se passera-t-il si Katoen Natie tombe en faillite, double ses tarifs ou si son personnel fait grève au mauvais moment ? Sans compter que ces emplois ‘outsourcés’ sont typiquement ceux dans lesquels les plus anciens militaires trouvaient souvent une fin de carrière plus adaptée à leur âge…
Pour les unités ‘déployables’, dans une première phase le personnel logistique de Marche et Bourg passera sous le contrôle des bataillons logistiques. Les ‘Bataillon Support Team’ (BST) et ‘Company Support Team’ (CST) subsistant dans les unités ne représenteront plus qu’une trentaine de postes (contre ±70 actuellement). Les mécaniciens n’assureront dans l’unité que les tâches de premier échelon. Ils ne posséderont d’ailleurs pas des ‘tool kits’ nécessaires pour les interventions plus importantes. En revanche, ils seront tous formés au ‘Battle Repair’ ; des réparations de fortune ou improvisées pour permettre d’utiliser temporairement un matériel endommagé ou en panne sur le terrain, sans outils spécifiques ni pièces de rechange. Si ce concept est justifié en temps de guerre, l’ACMP-CGPM espère quand même qu’il ne sera pas appliqué en temps de paix, au risque de mettre en péril la sécurité du personnel ! Trop souvent à la Défense, les termes ‘improvisé’ et ‘temporaire’ ont tendance à se transformer en ‘c’est la seule solution’ et ‘ça restera comme ça’…
Pour toute maintenance plus importante, les techniciens accompagneront le matériel dans les bataillons logistiques, où ils recevront l’appui nécessaire pour effectuer l’intervention requise. Le planning d’occupation de ce personnel serait déterminé par les responsables des bataillons logistiques, de façon à garantir un équilibre entre la présence du militaire dans son unité et au bataillon logistique.
Les unités ‘délocalisées géographiquement’, comme le 12/13 Li à Spa, connaîtront à terme le même sort mais conserveront une certaine capacité locale, pour éviter de trop nombreux allers et retours.
En 2020, un troisième ‘plateau’ s’ajoutera avec la conversion des unités d’Heverlee, où sera créée une compagnie logistique. En plus des conséquences pour le personnel et l’opérationnalité des unités, SOLL implique le déménagement d’un matériel important (stocks, outils, machines, …) ainsi que la création d’infrastructures centralisées sur les plateaux. La ‘Recce’ pour choisir un bloc adapté à Marche-en-Famenne doit d’ailleurs encore avoir lieu…
Stupéfaction
Le personnel réuni était partagé entre hilarité et stupéfaction. Les principaux intéressés n’y croient visiblement pas. Quant aux chefs de corps et commandants de compagnies, ils ne pouvaient que constater avec incrédulité le kidnapping d’une partie du personnel qu’il leur reste. Le point le plus surréaliste du projet SOLL, c’est le timing : les premières mutations doivent avoir lieu en été et le personnel de Bourg et Marche doit être intégré pour la fin de l’année ! Quand un commandant d’unité demande comment il doit faire pour déménager le matériel et réorganiser ses effectifs en parallèle avec un programme opérationnel déjà trop ambitieux pour le personnel disponible, on lui répond vaguement que « C’est comme ça ».
Chèque en blanc
Un représentant de la DG HR a alors présenté la marche à suivre en ce qui concerne les mutations du personnel. Chacun aurait un mois pour remplir une enquête ‘en ligne’ et exprimer ses choix, sachant que 80% des souhaits seront exaucés « dans un cadre orienté SOLL » (?) et que la priorité sera de remplir les BST et CST à 100%. En outre, le personnel à moins de 5 ans de la pension ne serait pas obligé de bouger (mais peut-être de changer de poste ou de BHK ?). Là où ça se corse, c’est que le catalogue des places ouvertes et le niveau de grade des fonctions dans les BST et CST ne sont pas encore connus ! Sur ce, un chef de corps recommande à juste titre à son personnel de ne pas remplir l’enquête tant que ce catalogue n’est pas publié car « Ce serait signer un chèque en blanc. »
Casse-tête
De nombreux points d’interrogation subsistent et semblent décontenancer le G4, qui ne s’y attendait visiblement pas. Par exemple, certains militaires veulent savoir sur quels systèmes d’armes ils devront travailler car ils préfèrent quitter la Défense que d’être obligés de faire un boulot qui ne leur convient pas. La réponse ‘un peu de tout’ et ‘on ne sait pas’ n’est pas satisfaisante pour ces techniciens qualifiés qui n’auraient aucun mal à trouver un emploi mieux rémunéré et moins mouvementé dans le civil.
De même, il apparait que de nombreux postes ‘logistique’ sont occupés par des ‘fantassins’, entre autres dans les pelotons de ravitaillement. Ces militaires n’ont pas forcément envie de changer de béret. D’autres occupent des fonctions en cumul dans les pelotons de combat ou comptent sur les missions, exercices et OVG, pour arrondir les fins de mois ou par amour du métier. Ils craignent de perdre ces opportunités s’ils passent dans les bataillons Log ou s’ils changent de code d’emploi. Quant aux fantassins, ils craignent de voir leur charge de travail encore augmenter après l’intégration de leurs collègues dans le SOLL. Enfin, les bataillons de combat étaient occupés à finaliser le plan ‘TO 2020’, un casse-tête de haut vol que SOLL vient complètement chambouler. Faire et défaire, c’est toujours travailler mais en l’occurrence, les patrons des unités ne savent déjà plus où donner de la tête.
Incertitude
En fin de compte, le SOLL cause une incertitude majeure pour le personnel et les unités, dans un climat déjà peu favorable. L’ACMP-CGPM recommande aux militaires concernés d’attendre la publication des places ouvertes, y compris des descriptions de poste, du ‘BHK’, de la localisation exacte et de la date de mise en place, avant de s’engager ou de signer quoi que ce soit.
Le syndicat militaire introduira une demande auprès de l’État-major afin d’être informé des suites du projet SOLL, en vue de veiller aux intérêts du personnel impacté.
Trop souvent, on tire sur le pianiste. En l’occurrence, les services du G4 et de DG HR font de leur mieux pour limiter les dégâts en matière d’appui logistique et trouver la moins mauvaise solution. Ces collègues d’Evere sont eux aussi victimes des incohérences politiques et s’ils prennent ces décisions impopulaires, ce n’est pas de gaité de cœur.
Katoen NatieLe 26 décembre 2018, la Défense a passé un marché avec la société anversoise Katoen Natie pour une période de 12 ans. Ce projet marque le début d’une ère nouvelle pour les services logistiques sur tout le territoire national. Les stocks centraux de la Défense seront hébergés dans un complexe de bâtiments de Katoen Natie à Paal-Beringen, au Limbourg. La construction de ce complexe sera achevée au plus tard en avril 2020.Tous les types de biens sont visés, à l’exception du matériel militaire sensible, comme par exemple les munitions et les armements. Katoen Natie se chargera de la totalité du processus de distribution (sur le territoire et dans les pays voisins) dès le courant du second semestre 2020. Katoen Natie emploie 12.000 personnes dans 154 centres logistiques répartis sur 28 pays.SodexoCes derniers jours, la multinationale française Sodexo a publié une liste d’offres d’emploi au camp d’Elsenborn, pour des fonctions jusqu’ici souvent occupées par des militaires en fin de carrière ou qui ne sont plus à même de partir en mission. À terme, l’ensemble des activités logistiques des camps sera outsourcé, tout comme celles de toutes les unités ‘non déployables’ dans tout le pays (Peutie, Eupen, Saffraanberg, Schaffen, Evere, Amay, …). Parmi les emplois, on trouve : responsable catering, jardinier, électromécanicien, soudeur, menuisier, magasinier, mécanicien, assistant administratif, technicien entretien et opération des cibles, etc.
Avec plus de 420.000 salariés, Sodexo est le 18e employeur mondial.

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